Les interférences 5G NR se divisent en sources internes et externes, et la liaison montante TDD y est particulièrement vulnérable. Voici comment les identifier, les mesurer et les réduire, du PIM au RIM.

Qu'est-ce que l'interférence 5G NR et pourquoi est-ce important ?

En 5G NR, on parle d'interférence dès qu'un signal parasite vient dégrader la réception d'une cellule ou d'un terminal. Ce n'est pas un simple bruit de fond : elle attaque directement le SINR, et donc la modulation retenue, le débit et la capacité réellement disponibles pour les utilisateurs. Pour un opérateur, savoir la distinguer d'un manque de couverture classique, c'est déjà la première étape d'un diagnostic qui tient la route.

Le problème prend une tout autre ampleur quand on sait que le parc mondial de stations de base 5G a franchi la barre des cinq millions d'unités. À une telle échelle, il suffit d'une interférence modeste sur la liaison montante pour couper la communication entre l'équipement utilisateur (UE) et le réseau. C'est précisément ce qui rend le sujet si délicat. Dans ce qui suit, on passe en revue les causes internes et externes, la mesure sur le terrain, le PIM, ainsi que les mécanismes d'atténuation normalisés.

Interne ou externe : quelle est la différence ?

L'interférence interne, elle, naît du réseau lui-même : on pense par exemple à un défaut de synchronisation temporelle entre les sites, à des cellules qui se recouvrent partiellement, ou encore à des configurations TDD mal alignées. À l'inverse, l'interférence dite externe provient de sources qui n'ont rien à voir avec le réseau : un LNB défectueux sur une antenne de réception satellite TV, des panneaux solaires installés en toiture, des moteurs, des alimentations, des postes de transformation électrique ou bien des onduleurs.

Cette distinction n’est pas qu’un détail théorique : elle conditionne toute la méthode de chasse. Une source interne, elle se règle souvent par la config, la synchronisation ou un peu d’optimisation radio. Une source externe, en revanche, il faut aller la dénicher physiquement, sur le terrain, parfois au pied d’un pylône ou dans une rue voisine. Une étude de mesure publiée sur arXiv en août 2025 (2508.20060) montre d’ailleurs que chaque cellule a au moins un voisin interférent, et que la quasi-totalité des UE en subissent les effets. Environ 30 % des stations 4G et 60 % des stations 5G souffrent d’interférences inter-cellules intra-site, ce qui touche près de 40 % des terminaux en 4G et 70 % en 5G.

Pourquoi la liaison montante 5G NR est-elle si sensible ?

Vue depuis le gNodeB (gNB), la liaison montante reçue d'un UE arrive avec un niveau de signal vraiment très faible. Résultat : il n'en faut pas beaucoup pour que le décodage des données échoue et que la communication soit tout simplement coupée. Avec le TDD, liaison descendante et liaison montante partagent la même fréquence, et c'est là que ça se corse : le signal descendant a tendance à masquer la montante, ce qui rend l'observation directe beaucoup plus délicate.

Plusieurs facteurs viennent aggraver la situation. D'abord, la co-localisation en TDD et l'absence de synchronisation entre sites amplifient les interférences : des sites NR TDD non synchronisés peuvent ainsi générer des brouillages de la liaison descendante vers la liaison montante. Ensuite, il faut garder à l'esprit que la 5G NR repose sur l'OFDM avec une numérologie échelonnable, à savoir des espacements de sous-porteuses de 15 kHz, 30 kHz, 60 kHz et 120 kHz. Un espacement plus large a le mérite de réduire l'interférence, mais cela se paie par une couverture par symbole plus courte.

Comment mesurer l'interférence dans un réseau 5G NR TDD ?

La chasse à l'interférence sur la liaison montante en TDD, ça commence déjà par la lecture des informations système : on y trouve la périodicité TDD, les slots et les symboles. Ensuite, il faut synchroniser l'analyseur sur le motif TDD, puis appliquer un time-gate — un déclenchement temporel — pour bien isoler la liaison montante. À partir de là, on peut passer en vue panoramique ou en vue de chasse. Le repérage se fait en marchant avec une antenne directionnelle, et on peut s'appuyer sur la fonction tonalité : plus l'interférent est puissant, plus le son monte dans les aigus.

Les analyseurs portables, à l'image du R&S Spectrum Rider FPH, gèrent le déclenchement à porte. Concrètement, en mode zero span, on distingue les slots montants et descendants ; il suffit alors de caler la porte sur un slot montant pour obtenir une mesure propre du spectre en uplink. Passons maintenant aux outils principaux et à leurs plages utiles.

Quelles spécifications pour les outils de mesure ?

Le choix de l'appareil dépend avant tout de la bande visée et du type d'analyse à mener. Le tableau qui suit récapitule les caractéristiques annoncées par les constructeurs, aussi bien pour les outils de terrain que pour ceux de laboratoire.

OutilCaractéristiqueValeur
R&S TSMx (scanner réseau)Vue panoramiquemax. +/-100 MHz autour de la fréquence centrale SSB 5G
R&S TSMxVue de chassebande passante max. 9,6 MHz
R&S Spectrum Rider FPHExemple N783,5 GHz, 100 MHz, espacement 30 kHz
R&S Spectrum Rider FPHEnregistrement waterfalljusqu'à 999 h
MCV Microwave (outil PIM)Plage de fréquences700 MHz à 7500 MHz
MCV Microwave (outil PIM)Gain30 dB

Ces valeurs montrent que la mesure panoramique large et la mesure fine de chasse répondent à deux besoins différents. La première sert à repérer une source, la seconde à confirmer sa signature dans le temps. Pour les bandes, la 5G NR se répartit entre FR1 et FR2 : bande basse sous 1 GHz (600/700/850 MHz), bande moyenne 1-6 GHz (AWS, PCS, WCS, 2,3 GHz, 2,5 GHz, CBRS 3,5 GHz, C-band 3,7-4,2 GHz) et bande haute/mmWave à partir de 24 GHz (28, 37, 39 GHz).

Qu'est-ce que l'interférence inter-cellules et quelle est sa fréquence ?

L'interférence inter-cellules apparaît lorsque plusieurs cellules se recouvrent et que leurs signaux se brouillent mutuellement. Elle est d'autant plus fréquente que la densification augmente : plus de sites et de petites cellules signifient plus de débit, mais aussi plus d'interférences, surtout en zone urbaine dense.

Pour la diagnostiquer, on compare le RSRP, le RSRQ et le SINR. Le RSRP mesure la force de couverture, le RSRQ sert d'indicateur indirect d'interférence, et le SINR alimente l'adaptation de liaison. Ces indicateurs varient indépendamment : un RSRP élevé ne prouve pas un SINR élevé. Une pollution pilote se repère quand trois cellules ou plus dépassent -95 dBm de RSRP sans serveur dominant. Les remèdes incluent la réduction de puissance des cellules secondaires, une inclinaison électrique accrue de +1 à +3 degrés, l'ajustement d'azimut, la révision de l'allocation de fréquences et l'ICIC/eICIC.

Qu'est-ce que le PIM passif en 5G et quelles en sont les conséquences ?

Le PIM (passive intermodulation) se produit lorsque plusieurs fréquences de signal interagissent dans des composants passifs non linéaires, comme les antennes et les câbles, générant des signaux parasites. Ces produits empêchent le récepteur de décoder les signaux utiles et peuvent provoquer une hausse des coupures d'appel, une baisse du débit de données et une réduction de la capacité réseau.

Le repérage du PIM se fait par des mesures dédiées, souvent avec un outil dont la plage couvre 700 MHz à 7500 MHz et un gain de 30 dB. Comme le PIM dépend de la puissance transmise et de la qualité mécanique des connexions, il faut aussi vérifier les connecteurs, les coupleurs et les câbles avant d'incriminer l'environnement extérieur.

Comment optimiser le SINR et détecter une panne matérielle ?

L'optimisation du SINR combine plusieurs leviers : réduire la puissance d'émission des cellules secondaires, augmenter l'inclinaison électrique de +1 à +3 degrés, ajuster l'azimut et revoir l'allocation de fréquences en envisageant l'ICIC. Ces actions visent à faire émerger un serveur dominant clair et à limiter le recouvrement excessif.

La détection de panne matérielle passe par la comparaison du SINR par antenne de réception (Rx0, Rx1, Rx2, Rx3). Un seul chemin Rx dégradé pointe vers un connecteur d'antenne ou un câble défectueux. On peut aussi s'appuyer sur l'interface Qualcomm DIAG : les paquets 0xB193 (LTE LL1 Serving Cell Measurement, SINR par antenne Rx), 0xB97F (5G NR L1 Serving Cell Measurement) et 0xB17F (LTE ML1 Connected Mode Neighbor Measurement) fournissent ces mesures.

Enfin, la gestion des interférences distantes (RIM) offre une réponse normalisée par la 3GPP : lorsqu'une station détecte une interférence distante, elle émet un signal de référence RIM dédié, ce qui automatise l'atténuation de l'interférence montante lointaine. Des travaux publiés sur arXiv en janvier 2025 (2501.11389) montrent par ailleurs que les liaisons LTE-A et 5G-NR se dégradent sous une EMI transitoire issue du contact caténaire-pantographe en environnement ferroviaire, la dégradation étant proportionnelle au gain d'interférence. Un balayage entre 2,194 et 2,2045 GHz a identifié les fréquences centrales les plus sensibles, avec des gains d'interférence fixés à 12 dB et 15 dB.

FDD ou TDD, bande basse ou mmWave : quels compromis ?

Le duplexage change la difficulté de la chasse. En FDD, la liaison montante et la liaison descendante utilisent des fréquences différentes, ce qui rend la recherche d'interférence directe. En TDD, la même fréquence sert au descendant et au montant, le descendant masquant le montant et imposant un déclenchement à porte.

Les bandes imposent aussi leurs compromis. La bande basse (<1 GHz) offre couverture et pénétration intérieure mais des débits plus faibles ; la bande moyenne (1-6 GHz) équilibre couverture et capacité ; la bande haute (24 GHz et plus) offre des débits extrêmes mais une portée courte et une forte sensibilité aux obstacles, ce qui exige des petites cellules denses. Les largeurs de canal varient en conséquence : environ 10-20 MHz en bande basse, 50-100 MHz en bande moyenne, et 400 MHz jusqu'à 800 MHz ou plus en bande haute, pour une puissance de sortie d'environ 40-60 W, 20-30 W et 1-3 W par canal respectivement. Les débits crêtes 5G NR atteignent jusqu'à 20 Gbps en descendant et 10 Gbps en montant, voire 100 Gbps dans les bandes les plus hautes.

La modulation QAM (QPSK, 16-QAM, 64-QAM, 256-QAM) améliore l'efficacité spectrale, tandis que le beamforming utilise plusieurs antennes pour créer des faisceaux directionnels vers l'utilisateur, améliorant la qualité du signal et réduisant les interférences venant d'autres appareils. La bande passante 5G NR peut atteindre 400 MHz pour une seule porteuse, ce qui accroît à la fois le potentiel de débit et l'exposition aux interférences larges bandes.

Questions fréquentes sur les interférences 5G NR

Quels sont les principaux types d'interférences dans les réseaux 5G NR ?

Les interférences se répartissent en deux familles. Les interférences internes viennent du réseau lui-même, par exemple des cellules qui se chevauchent ou un manque de synchronisation temporelle. Les interférences externes proviennent de sources hors réseau, comme des LNB satellite TV défectueux, des panneaux solaires, des moteurs, des alimentations, des postes de transformation et des onduleurs.

Pourquoi la liaison montante est-elle plus vulnérable aux interférences en 5G NR TDD ?

Du point de vue du gNB, la liaison montante est un signal extrêmement faible : même un faible niveau d'interférence peut interrompre totalement la communication entre l'équipement utilisateur et le réseau. En TDD, le descendant et le montant partagent la même fréquence, et les signaux descendants masquent la liaison montante, ce qui rend l'observation et la mesure plus délicates.

Qu'est-ce que le PIM passif et pourquoi compte-t-il en 5G ?

Le PIM se produit lorsque plusieurs fréquences de signal interagissent dans des composants passifs non linéaires comme les antennes et les câbles, générant des signaux parasites qui empêchent le récepteur de décoder les signaux voulus. Il peut entraîner une hausse des coupures d'appel, une baisse du débit et une réduction de la capacité réseau, d'où l'importance des mesures PIM et du contrôle des connecteurs.